LE PASSÉ SIMPLE : éléments pour une étude synchronique

 

 

C’est le parfait latin qui a donné naissance au passé simple français. En ancien français, les p. s. se répartissent en 2 grandes catégories selon leur structure accentuelle :

-les passés faibles dans lesquels l’accent frappe la terminaison à toutes les personnes, d’où une base toujours atone. Il s’agit de la base 1, qui est aussi celle de l’infinitif et des P4 et P5 du présent de l’indicatif, d’où la structure suivante :

BASE 1 + désinences (= morphème temporel de passé + morphème de personne)

 

-les passés forts : ils sont formés sur deux bases accentuées et différentes de celles qui sont à l’origine des autres formes verbales :

 

BASE 5 ou BASE 6 selon les personnes + marques de personne

 

 

 

Tout classement doit prendre en compte la structure accentuelle, les types de bases et les désinences.

 

I. Les passés faibles :

L’accent porte sur le timbre vocalique de la désinence qui s’attache à la base faible et qui est suivi des marques de personne, ce qui donne, si l’on développe le schéma précédent :

 

BASE 1 + Morphème temporel de passé (a,i, u) toujours accentué + Morphème de personne.

Le morphème temporel de passé pouvant être un a, un i ou un u, on a 3  types de passés faibles.

 

A. Les passés faibles en a :

La voyelle a est la voyelle dominante, c’est-à-dire présente à toutes les personnes sauf en P6 où l’on a é / ié (dans les bases qui se terminent par un phonème palatal), variantes combinatoires de a (le a en P6, non entravé ayant pu diphtonguer). Cette classe regroupe tous les verbes du 1er groupe.

 

BASE 1 + a + i

BASE 1 + a + s

BASE 1 + a + Ø

BASE 1 + a + mes

BASE 1 + a + stes

BASE 1 + e / ie + rent   

-Il convient de noter qu’en P3, le t final s’amuït dès la fin du XI siècle.

 

B. Les passés faibles en i :

C’est là une classe très hétérogène quant à l’origine des verbes qui en font partie puisqu’elle intègre tous les verbes inchoatifs (fenir, florir...), mais aussi des verbes en -re (descendre, desfendre, perdre, battre, tendre...), et en -oir (cheoir...).

 

BASE 1 + i + Ø                          

BASE 1 + i + s

BASE 1 + i + Ø / t

BASE 1 + i + mes

BASE 1 + i + stes

BASE 1 + i + rent

-Dans les verbes en -re et -oir, possibilité à la P3 et à la P6 d’un morphème de passé en et non en i (sont essentiellement concernés les verbes suivants : rompre, tendre, battre, benir, perdre, naître, répondre, veintre, vivre, vendre, entendre ® on a par exemple respondi(t), respondirent ou respondiet, respondierent). Les formes de P3 et P6 en ie disparaissent au XIII1 en francien.

-En P1, apparition d’un s final dès la fin du XIIIe siècle, mais les formes en is sont encore assez rares à la fin du XVe siècle. Ce s, analogique des passés forts, deviendra obligatoire au XVIIe siècle.

-En P3, alternance Ø / t. C’est sous l’influence des parfait du type vidit > vit, dixit > dit...que le t commence à être réintroduit au XIIe s. Les formes en i ont quasiment disparu au XVIe s.

 

C. Les passés faibles en u :

C’est une classe très peu représentée en ancien français, mais qui s’est développée en moyen français. Appartiennent  notamment à cette classe : paroir, morir, moudre (molui), être (fui ; la base de être se réduit alors à la seule lettre f-, non attestée ailleurs ; pour les problèmes de l’appartenance de ce verbe à un type précis, voir G. Joly, Précis d’ancien français, p. 178), corre (corui), criembre (cremui), chaloir, doloir, semondre (semonui), soloir (solui), toldre (tolui), valoir (valui).

 

BASE 1 + u + i / Ø                          

BASE 1 + u + s

BASE 1 + u + Ø / t

BASE 1 + u + mes

BASE 1 + u + stes

BASE 1 + u + rent

-En P1, u alterne avec ui (parui ou paru). La marque i disparaît au cours du XIVe s. au profit du vocalisme u des autres personnes.

-En P3, même remarque que pour le type en i, mais la réintroduction du t s’est faite plus rapidement dans les types en u qu’en i.

 

II. Les passés forts :

On les classe selon la voyelle prédésinentielle des P2, 4 et 6 qui est i ou u. On a une alternance de 2 bases, une BASE 5 dite aussi base courte (base des P1, 3 et 6) et une BASE 6 dite aussi base longue (base des P2, 4 et 5). D’où, le paradigme suivant pour tous les passés forts :

 

BASE 5 + Ø / i(pour les passés forts en u)                          

BASE 6 + s

BASE 5 + t

BASE 6 + mes

BASE 6 + stes

BASE 5+ rent

 

A. Les passés forts en i :

 

1. SIMPLES (ou sans s ou asigmatiques)

Il n’y a que 4 verbes : veoir (vi, veïs, vit, veïmes, veïstes, virent) ; venir et tenir qui se conjuguent de la même façon (vin ou ving, venis, vint, venimes, venistes, vindrent) ; voloir (voil, volis, volt, volimes, volistes, voldrent ; à noter que, pour ce verbe, il existe aussi un paradigme en s : vous, vousis, voust...).

 

 

 

2. Sigmatiques (ou avec s)

La base 5 est toujours terminée par un s qui appartient au radical (à la P1 notamment, ne pas confondre ce s avec une marque de personne). Parmi ces verbes, certains ont une alternance vocalique, d’autres non :

-verbes à alternance : mettre (mis, mesis, mist, mesimes, mesistes, mistrent), faire (fis, fesis), querre (quis, quesis), dire (dis, desis), prendre (pris, presis), manoir (mes, masis), seoir (sis, sesis), ocire (ocis, ocesis)...

- verbes sans alternance : traire (trais, traisis), plaindre (plains, plainsis), ardoir (ars, arsis), valoir (vaus, vausis), ceindre (ceins, ceinsis), clore (clos, closis), voloir (vous, vousis), joindre (joins, joinsis), tolir (tous, tousis), destruire (destruis, destruisis), conduire (conduis, conduisis)...

La liste des principaux verbes est fournie par G. Joly, p. 180.

A noter que, très tôt, on voit apparaître des formes sans s intervocalique aux P2, 4 et 5 : mettre (mesis >meïs). Ces formes sans s s’étendent en francien dès le XIIIes.

En P6, pour des verbes comme venir, tenir, faire, mettre, vouloir, traire, apparition d’une consonne épenthétique (t ou d).

 

B. Les passés forts en u :

Dans ces passés, apparaît un i propre à cette personne ; ce i tend à s’effacer dès la fin du XIIe s. Il est remplacé par un s analogique de P2 et de certaines désinences de P1, dont les passés forts en s où le s de P1, bien qu’étymologique et appartenant au radical, était ressenti par les sujets parlants comme un morphogramme de P1. Ce s apparaît fin XIIIe s. et se généralise au XV2 : dui > dus.

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1. Alternance o / eü (type avoir):

Le radical de P1, 3 et 6 est de type o; en P2, 4 et 5, on a eü :

avoir : oi, eüs, ot, eümes, eüstes, orent.

pooir : poi, peüs, pot, peümes, peüstes, porent.

savoir : soi, seüs, sot, seümes, seüstes, sorent.

Se conjuguent sur ce modèle plaire (ploi, pleüs), taire (toi, teüs) pour les plus fréquents.

 

2. Alternance u /eü (type devoir) :

Le radical de P1, 3 et 6 est de type u ; en P2, 4 et 5, on a eü :

devoir : dui, deüs, dut, deümes, deüstes, durent.

movoir : mui, meüs, mut, meümes, meüstes, murent.

conoistre : conui, coneüs, conut, coneümes, coneüstes, conurent.

Se conjuguent sur ce modèle gesir (jui, geüs), deçoivre (deçui, deceüs), croistre (crui, creüs), lire (lui, leüs), boivre (bui, beüs) pour les plus fréquents.

 

Conclusion : Le système de l’ancien français, dans sa diversité, apparaît comme fort complexe. La langue va donc procéder à des alignements analogiques et de 5 types principaux (9 si l’on prend en considération les différents types de passés forts), on est passé à 3 types (passés en a ® chantai ; en i ® finis ; en u ® dus), auxquels il faut ajouter les 2 exceptions que constituent venir et tenir (ainsi que leurs composés).